Déjà 5 étapes en Chine pour quelques 500 premiers kilomètres en extrémité nord du désert du Taklamakan. 5 jours qui m'ont plongé dans le bain, sans attendre et sans complaisance. A vrai dire j'ai eu beaucoup de mal à reprendre le rythme, comme oppressé par tout ce qui m'entourait.
Le terrain d'abord, de nouveau plat, vide et sans grand intérêt. A ma gauche les premiers contreforts du Tian Shan, à ma droite le début du désert (sans que jamais je n'aperçoive vraiment e sable). La plupart du temps il faut tenir des portions de 80 à 100 km sans aucun point de ravitaillement. Pas passionnant et souvent stressant car plusieurs informations de ma carte (pourtant recoupée avec deux autres) se sont révélées fausses. Bref c'est le retour au stress du voyage en zone désertique, où chaque goutte d'eau est comptée, même si tout cela reste au final moins rude qu'au Kazakhstan, pour le moment.
Ce qui change par contre totalement par rapport à ma première moitié de périple, c'est le sentiment d'oppression par rapport aux populations locales. En Chine, dès que je pose le pied à terre, je suis dans la minute entouré par plusieurs dizaines de curieux, comme ci-dessous, où c'est les clients des trois terrasses de restaurants se sont levés d'un seul homme pour venir voir ce que c'était que cet engin. C'est très satisfaisant de voir que mon projet intéresse les chinois et quelques fois cette situation m'a été agréable, mais j'ai vite compris
que ça serait la nouvelle "normalité", et ça peut vite être pesant. Le problème c'est qu'au de là du nombre, l'attitude est aussi stressante.
Si jusqu'en Chine je n'avais quasiment vu personne toucher mon vélo, là c'est l'inverse, les gens touchent tout, secouent le vélo pour voir s'il tient bien, appuient sur les panneaux solaires pour tester leur résistance, veulent faire tourner le moteur en touchant tous les boutons (heureusement je coupe tout le système par réflexe avant même de m'arrêter), et il n'est pas rare que certains décident de fouiller dans mes sacoches pour faire des photos ou voir ce que j'ai avec moi...
Je ne sais pas si vous le comprendrez, mais il arrive qu'après plusieurs heures à me fatiguer sur des lignes droites interminables, ma seule volonté soit de pouvoir boire une boisson fraîche et souffler quelques minutes quand je descends du vélo. Sur ces 5 premiers jours je n'ai quasiment jamais eu cette occasion, en étant toujours entouré lors de mes pauses, souvent par des enfants, tripotant tout ce que j'ai avec moi en permanence. Ca m'a marqué, un jeune a même tenté de me retirer mon alliance pour voir ce que c'était !
Difficulté supplémentaire, la langue est redevenue un réel obstacle. Je ne maîtrise encore que trop peu de mots pour comprendre et me faire comprendre, donc la moindre discussion demande une énergie folle. Ceci d'autant plus que, particularité de cette région du Xinjiang, deux langues sont pratiquées simultanément, le mandarin et le Ouïgours. Suivant la personne, il faut donc savoir jongler. Pour le moment je n'y arrive pas, ca ne fait pas de doute.
En fait si jusque là la rencontre humaine avait été pour moi une source immuable d'énergie, les choses ont changé et bien souvent les rencontres me pompent des forces ! A moi de trouver les solutions pour inverser la tendance.
Pour noircir encore un peu le tableau (j'avoue que j'ai subi un bon coup de déprime des derniers jours...), l'accueil des gens n'est pas toujours sympathique. A plusieurs reprises, et pour la première fois du voyage, j'ai ressenti de l'hostilité quant à ma présence dans certains villages ou restaurant. C'est une situation qui m'a surpris et même énervé (je suis pourtant plutôt du genre zen...), quand cette hostilité était trop manifeste, par la parole ou par les gestes. Exemple le plus significatif, hier soir, voyant la tempête venir, j'avais trouvé quelqu'un pour m'héberger dans une petite ville dépourvue d'hôtel. Mais au dernier moment la chose n'a plus été possible, ceci à cause d'un homme (je n'arriverai pas à savoir qui il était vraiment) qui est venu m'interdire de rester dans la ville. Il fallait que je reprenne la route, peu important le fait que cela me livre à la tempête...
La tempête, autre élément qui vient compliquer les choses. Phénomène relativement courant dans le coin, j'ai vécu hier ma première tempête de sable ! Comme une sorte de bizutage peut être. Après m'être donc fait sortir de la ville, je posais ma tente un peu plus loin,, en regardant et en photographiant l'arrivée du mauvais temps. Ça a commencé par une pluie d'éclairs terrifiante, puis d'un coup un petit nuage de sable (peut être d'une dizaine de mètres de hauteur) est arrivé à très vive allure. Le temps de me jeter dans ma tente, où toutes mes affaires étaient déjà réfugiées, et le sable envahissait tout. Surprise, il se jouait même de la double toile de tente, m'obligeant à m'entourer la tête dans un tee-shirt pour continuer à respirer normalement ! Pendant près de 20 minutes, avec un coup de tonnerre toutes les 30 secondes, j'ai cru que ma tente, que je tenais à bout de bras, n'allait pas résister, et moi je me ressortais dans ma tête une petite théorie de crise que je me suis inventée au fil des années (et de quelques péripéties) : "bon si je me souviens de ce moment, c'est que je ne suis pas mort !".
Aujourd'hui, je suis arrivé dans une grosse ville (Aksu), le sable paraît déjà bien loin tant la modernité l'a ici remplacé, et moi je me retrouve sans avoir eu trop le choix, dans un hôtel 4 étoiles, apparemment obligatoire pour les étrangers... Pourquoi pas à la limite.
Drôle de pays, où il faut, je pense, accepter de ne pas tout comprendre. Affaire à suivre en direction de Turfan (encore 1000 km de vide).
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