J'avais gardé de ces terres l'image d'un petit "Far ouest" du voyage en vélo, avec sa frontière à franchir sur un bac archaïque, avec ses chevaux déployant leur liberté sur des steppes lumineuses et sauvages. J'avais gardé de ces terres, le souvenir de l'euphorie d'un jeune garçon de 23 ans, découvrant le monde.
C'était en 2006, mon retour sur la route reliant Astrachan (Russie) à Atyrau (Kazakhstan), a été beaucoup plus compliqué.
A la frontière je découvre qu'un énorme pont a remplacé le passage par les eaux, qui pour un occidental en quête de dépaysement, était une belle entrée en matière. En fait je comprends assez vite que cet axe routier a été très largement amélioré depuis 4 ans, afin d'en faire un vrai axe d'échange entre la Russie et le Kazakhstan. Pour faciliter le passage des camions, le pont à donc remplace le petit bac, et les parties de routes en terres ont été goudronné.
Du coup, moi qui m'attendais à pédaler au milieu de chevaux aux galops, me retrouve de nouveau sur une route (de mauvaise qualité) où les camions font la loi, et où le seul cheval que je verrai sera le cadavre d'un poulain ayant apparemment fait les frais de cette nouvelle donne. Heureusement je croiserai plus tard la route des quelques chameaux, attroupés aux abords du seul point d'eau de cette route aride et austère.
Pour ne rien arrangé, le ciel est souvent couvert de nuages et le vent me joue des tours en étant quasiment toujours défavorable, avant de devenir le pire vent de face que je n'ai jamais connu. 5h30 pour parcourir les 85 derniers kilomètres, à 16 km/h de moyenne, ce malgré l'aide (salvatrice) de mon moteur, ca a été l'enfer et le physique, tout comme le moral, en ont pris pour leur grade ! En somme les steppes m'ont assommé.
Enfin, cerise sur le gâteau..., ces derniers jours ont aussi, et surtout, été marqué par des premiers problèmes de santé. Mon dos me fait souffrir de plus en plus depuis une semaine maintenant, au point de provoquer de brèves pertes de sensibilité dans les bras, ce qui de toute évidence est un vrai problème quand on voyage au rythme de 6 heures de vélo tous les jours !
Peut être est-ce que sur ces 6 premières semaines, ai-je été trop focalisé sur l'état de la mécanique du vélo et sur mes objectifs kilométriques, au point de ne pas faire assez attention à mes propres sensations ? Certainement aussi, ce dos contracté tout le long de sa colonne, est la conséquence logique et inévitable des trop nombreuses chutes que j'ai subies ces derniers mois.
Quoiqu'il en soit, avant même de m'attaquer à la partie la plus délicate du Kazakhstan, je suis déjà en difficulté et me retrouve dans l'obligation de prendre le temps de me soigner à Atyrau (une ville, grande et moderne, qui tranche avec le reste du pays), ceci quitte à prendre du retard dans ma grande chevauchée électrico-solaire.
En espérant vous redonner très vite de meilleures nouvelles, je vous laisse sur le sourire de cette jeune Kazakhe, prénommée Bakca ("Happiness" dans sa traduction anglaise) tenant un petit restaurant, perdu au milieu du vide, dans lequel je me suis réfugié un de ces jours derniers. Futur professeur d'anglais, nos discussions ont su me remonter le moral.
Les commentaires récents